les artistes de droite fêtent leur nouveau roi.
Vidéo envoyée par ownerz
Je préférais la première mais celle là a le mérite d'exister (et d'avoir eu un peu d'echo). L'article de rue89 donne aussi un lien vers la BAC.
On peut trouver des photos ici.
Dans les commentaires seous l'article on peut trouver ce texte d'Umberto Eco:
« S’il est vrai que, Berlusconi menant le jeu [par des provocations incessantes], l’opposition doit suivre ses règles, l’opposition devrait reprendre l’initiative en
retournant ces règles à son avantage.
Cela ne signifie pas que l’opposition devrait cesser de « diaboliser » Berlusconi. On a vu que si elle ne réagit pas à ses provocations, elle les cautionne d’une certaine manière, et manque ainsi
à son devoir institutionnel. Mais cette fonction de réaction critique aux provocations devrait être réservée à une partie des forces d’opposition, qui devrait s’y employer à plein temps, et
s’exprimer dans des circuits alternatifs. S’il est vrai que les médias échappant encore au contrôle berlusconien ne touchent que les gens déjà convaincus, et que la plus grande partie de
l’opinion publique est exposée à des médias asservis, il ne reste plus qu’à passer par-dessus les médias. À leur façon, les "girotondi" (rondes de protestation autour de bâtiments symboliques)
ont été un élément de cette nouvelle stratégie, mais si un ou deux "girotondi" font grand bruit, on finit par se lasser d’une suite interminable de farandoles. Il est impossible de dire au
journal télévisé que ce même journal télévisé a occulté une information. Il faut donc revenir à des tactiques de distribution de tracts, de cassettes vidéo, au théâtre de rue, au tam-tam sur
Internet, à une communication sur des écrans mobiles situés à différents endroits de la ville, et à toutes les inventions que la nouvelle imagination virtuelle peut suggérer. Étant donné qu’on ne
peut parler à l’électorat mal informé par l’intermédiaire des médias traditionnels, il convient d’en inventer d’autres.
Parallèlement, dans le cadre de l’action plus traditionnelle des partis, des interviews ou de la participation à certains programmes de télévision (mais en surprenant l’adversaire par des
déclarations inattendues), l’opposition doit lancer ses propres provocations.
Qu’est-ce que j’entends par provocations d’opposition ? La capacité de concevoir des plans de gouvernement sur des problèmes auxquels l’opinion publique est sensible, et celle de lancer des idées
sur l’organisation future du pays, de telle sorte que les médias soient obligés de leur donner une importance au moins égale aux provocations de Berlusconi.
Dans un esprit purement machiavélique (nous sommes en politique), je pense que, sans renoncer à notre dignité, il serait possible de lancer des idées provocatrices, dont l’écho dépasserait de
très loin leurs possibilités de réalisation. Pour prendre un exemple, publier un projet de loi que la gauche au pouvoir voudrait immédiatement faire approuver, selon lequel il serait interdit
qu’une seule personne possède plus d’une chaîne de télévision (ou plus d’un journal et une chaîne), constituerait une véritable bombe. Berlusconi serait obligé de réagir, cette fois de façon
défensive et non offensive, servant ainsi de porte-voix à ses adversaires. Ce serait lui qui déclarerait l’existence d’un conflit (ou d’une convergence) d’intérêts, et il ne pourrait en attribuer
le mythe à la volonté perverse de ses adversaires. Il ne pourrait pas non plus accuser de communisme une loi anti-monopole qui viserait à faciliter l’accès à la propriété privée des médias.
Sans se lancer dans des hypothèses de science-fiction, un simple plan de contrôle de l’augmentation des prix due à l’euro toucherait également de près ceux qui ne sont pas sensibles à la question
des conflits d’intérêts.
Bref, il s’agirait de lancer continuellement et de façon positive des propositions qui laissent entrevoir à l’opinion publique une autre façon de gouverner. Des propositions qui mettent la
majorité au pied du mur, en l’obligeant à se prononcer pour ou contre. Elle serait ainsi contrainte de discuter et de défendre ses propres projets, de justifier ses propres défaillances, et ne
pourrait plus se retrancher derrière des accusations générales à l’égard d’une opposition querelleuse. Si vous dites aux gens que le gouvernement n’aurait pas dû faire ceci ou cela, ils ne savent
pas forcément si vous avez tort ou raison. En revanche, si vous leur dites ce que vous voudriez faire vous, votre idée peut frapper l’imagination et éveiller l’intérêt d’un grand nombre de
personnes qui se demanderont peut-être pourquoi la majorité ne le fait pas.
Pour mettre en œuvre une telle stratégie, cependant, il faudrait que l’opposition soit unie, car il est impossible d’élaborer des projets acceptables et séduisants pour les électeurs, si on passe
ses journées dans des luttes intestines. On entre là dans un autre univers, l’obstacle insurmontable étant cette tradition séculaire qui a toujours amené les divers courants de gauche à traquer
leurs hérésies internes, en faisant passer l’exigence de ces luttes fratricides avant la bataille unie contre l’adversaire.
Pourtant, ce n’est qu’en dépassant cet écueil que l’on peut envisager un sujet politique susceptible d’attirer l’attention des médias par des projets provocateurs, et battre ainsi Berlusconi en
utilisant, du moins en partie, ses propres armes. Si l’on n’entre pas dans cette logique, qui peut sembler déplaisante mais qui est la logique de l’univers médiatique dans lequel nous vivons, il
ne reste plus qu’à organiser des manifestations contre les métiers à tisser.»
[Source: "À reculons comme une écrevisse: guerres chaudes et populisme médiatique (2006), « Diaboliser Berlusconi ? », article paru dans Micromega, septembre 2003 ; Grasset & Fasquelle, 2006, p. 159 sq.]
